Sommaire (8 sections)
Qu’est-ce que le MANEX drone ?
Le MANEX — Manuel d’Activités Particulières — est le document central de tout exploitant d’UAS (Unmanned Aircraft System) en France. Anciennement appelé MAP (Manuel d’Activités Particulières), il a été renommé pour s’aligner sur la terminologie du règlement européen EASA (EU 2019/947), mais son rôle reste le même : décrire de manière exhaustive comment votre structure organise, exécute et sécurise ses opérations de drone.
Concrètement, le MANEX est le référentiel interne de votre activité. Il documente :
- L’organisation de votre entreprise et les responsabilités de chaque intervenant
- Les types d’opérations que vous réalisez (scénarios de vol, catégories)
- Les procédures de sécurité et de gestion des urgences
- La formation et le maintien de compétences des télépilotes
- La maintenance et le suivi de navigabilité de vos drones
Ce n’est pas un document administratif à remplir une fois et à oublier dans un tiroir. C’est un outil vivant, qui doit refléter la réalité de votre activité à tout moment.
Pourquoi le MANEX est-il obligatoire ?
Depuis l’entrée en vigueur de la réglementation européenne sur les drones, tout exploitant UAS déclaré en catégorie Specific doit disposer d’un manuel d’exploitation. En France, cette obligation est encadrée par la DGAC (Direction Générale de l’Aviation Civile), et le MANEX fait partie des pièces constitutives de votre déclaration d’activité sur la plateforme AlphaTango.
L’obligation concerne les exploitants opérant sous :
- Scénarios standards STS-01 et STS-02 : le MANEX est requis dans le cadre de la déclaration de conformité
- Autorisations opérationnelles spécifiques (SORA) : le MANEX fait partie du dossier soumis à la DGAC
- Scénarios nationaux S1, S2, S3 (pour ceux encore en période transitoire) : le MAP/MANEX est également exigé
En cas de contrôle — sur le terrain par les forces de l’ordre ou par la DGAC lors d’un audit — vous devez être en mesure de présenter votre MANEX à jour. Un MANEX absent, incomplet ou obsolète peut entraîner des sanctions administratives, voire la suspension de votre déclaration d’exploitant.
Au-delà de l’obligation réglementaire, le MANEX est aussi un argument commercial. Les donneurs d’ordre professionnels (BTP, énergie, collectivités) demandent de plus en plus à consulter le MANEX avant de signer un contrat. Un document bien structuré inspire confiance et démontre votre sérieux.
Structure type d’un MANEX drone
Il n’existe pas de modèle unique imposé par la DGAC, mais le contenu attendu est bien défini. Voici la structure recommandée, chapitre par chapitre.
1. Organisation de l’exploitant
Cette première partie présente votre structure et son fonctionnement. Elle doit inclure :
- Identification de l’exploitant : raison sociale, numéro SIREN/SIRET, adresse du siège, coordonnées du responsable
- Organigramme : qui fait quoi, même si vous êtes seul. Identifiez clairement le dirigeant responsable, le responsable des opérations (s’il est différent), et les télépilotes
- Gestion documentaire : comment vous gérez les versions du MANEX, qui valide les modifications, où le document est stocké
- Liste des personnels : télépilotes, observateurs, personnel au sol, avec leurs qualifications respectives
- Numéro d’exploitant : votre identifiant AlphaTango
Si vous travaillez seul en auto-entreprise, cette section sera plus courte, mais elle reste obligatoire. Même un télépilote indépendant doit formaliser son organisation.
2. Concept d’opérations (ConOps)
Le ConOps (Concept of Operations) est le cœur opérationnel du MANEX. Il décrit précisément les types de missions que vous êtes en mesure de réaliser.
Pour chaque type d’opération, détaillez :
- La catégorie de vol : Open, Specific (STS-01, STS-02, PDRA, ou autorisation SORA)
- Le type de zone : zone peuplée, non peuplée, à proximité de personnes ou non
- Les conditions météorologiques limites : vent maximum, visibilité minimale, plafond nuageux
- Les hauteurs et distances maximales de vol : en cohérence avec le scénario déclaré
- Le type de charge utile : caméra RGB, capteur thermique, LiDAR, etc.
- Les drones utilisés : modèles, numéros de série, classe CE le cas échéant
Le ConOps doit être réaliste. Ne déclarez pas des opérations que vous ne réalisez jamais, et inversement, assurez-vous que toutes vos missions courantes y figurent.
3. Procédures d’urgence
Cette section est critique. Elle décrit comment vous réagissez en cas de problème pendant un vol. La DGAC attend des procédures claires et applicables, pas des généralités.
Les situations à couvrir incluent :
- Perte de liaison radio (C2 link loss) : que fait le drone automatiquement ? Que fait le télépilote ?
- Perte de signal GPS : procédure de vol en mode ATTI ou retour manuel
- Panne moteur ou défaillance technique : activation du parachute (si équipé), atterrissage d’urgence
- Intrusion dans la zone de vol : personne, véhicule ou aéronef non prévu
- Batterie critique en vol : seuils d’alerte, procédure de retour anticipé
- Crash ou atterrissage forcé : sécurisation de la zone, signalement aux autorités (BEA-É si nécessaire), conservation des données de vol
Pour chaque situation, rédigez une procédure étape par étape. Utilisez un format de checklist : c’est plus lisible et plus facile à appliquer sous stress.
4. Formation et maintien de compétences
Le MANEX doit documenter le parcours de formation de chaque télépilote, ainsi que les dispositifs de maintien de compétences.
Éléments à inclure :
- Qualifications initiales : CATT, CATS, attestation de formation pratique, numéro de brevet
- Formation continue : fréquence des sessions d’entraînement, thèmes abordés (vol en conditions dégradées, gestion de l’espace aérien, nouvelles réglementations)
- Compétences spécifiques : vol de nuit, vol en espace aérien contrôlé, vol BVLOS (si autorisé)
- Registre de formation : tableau de suivi avec dates, contenus et résultats
- Auto-évaluation : critères pour déterminer si un télépilote est apte à réaliser une mission donnée
La DGAC recommande un minimum de 10 heures de vol par an pour maintenir la compétence opérationnelle. Ce chiffre n’est pas réglementaire, mais c’est un repère couramment accepté lors des audits.
5. Maintenance et suivi de navigabilité
Vos drones sont des aéronefs. À ce titre, ils doivent faire l’objet d’un suivi technique rigoureux. Cette section du MANEX décrit :
- Le programme de maintenance : inspections avant vol (checklist pré-vol), maintenance périodique (tous les X vols ou toutes les X heures), maintenance corrective
- Le registre de maintenance : historique des interventions, pièces remplacées, dates
- Les critères de mise hors service : à partir de quand un drone ou un composant n’est plus apte au vol
- La gestion des mises à jour firmware : procédure de validation avant déploiement en opération
- Le suivi des batteries : nombre de cycles, tension par cellule, critères de réforme
- La calibration des capteurs : fréquence et méthode (IMU, compas, caméra)
Chaque drone exploité doit avoir sa fiche individuelle de suivi, avec son numéro de série, sa date de mise en service et son historique complet.
Les erreurs fréquentes dans la rédaction du MANEX
Après plusieurs années de pratique et de retours de la DGAC, certaines erreurs reviennent systématiquement. Voici les plus courantes.
Copier-coller un modèle générique sans l’adapter
C’est l’erreur numéro un. Des modèles de MANEX circulent sur Internet et dans les formations. Les utiliser comme base de travail est tout à fait acceptable, mais les soumettre tels quels, sans les personnaliser, est une faute. Votre MANEX doit refléter votre activité, vos drones, vos procédures. Un document générique sera immédiatement repéré lors d’un contrôle.
Déclarer des opérations qu’on ne réalise pas
Certains télépilotes gonflent leur ConOps pour paraître plus polyvalents. C’est contre-productif : chaque opération déclarée doit être couverte par des procédures, des compétences et du matériel adaptés. Si vous déclarez du vol de nuit mais que vous n’avez ni formation ni équipement pour cela, vous vous exposez à des sanctions.
Négliger les mises à jour
Un MANEX rédigé en 2024 et jamais mis à jour en 2026 n’est plus conforme. La réglementation évolue, vos drones changent, vos procédures s’affinent. Chaque modification significative doit donner lieu à une nouvelle version du document. Tenez un tableau de suivi des versions en première page.
Rédiger des procédures d’urgence vagues
Écrire “en cas de problème, le télépilote prend les mesures nécessaires” n’est pas une procédure. La DGAC attend des actions concrètes, séquencées, avec des critères de décision. Préférez : “Si la tension batterie passe sous 21,5 V en vol, le télépilote initie un retour automatique (RTH). Si le RTH échoue, passage en mode manuel et atterrissage immédiat sur la zone de sécurité identifiée lors du briefing.”
Oublier les annexes
Le MANEX ne vit pas seul. Il doit être accompagné d’annexes à jour :
- Fiches individuelles des drones
- Copies des brevets et attestations des télépilotes
- Attestation d’assurance RC professionnelle
- Checklists pré-vol et post-vol
- Formulaires de compte-rendu d’incident
Comment mettre à jour votre MANEX
Le MANEX doit être révisé à chaque changement significatif dans votre activité. Voici les événements déclencheurs d’une mise à jour :
- Ajout ou retrait d’un drone dans votre flotte
- Nouveau télépilote ou départ d’un membre de l’équipe
- Nouveau type de mission (par exemple, passage à la thermographie alors que vous ne faisiez que de la photogrammétrie)
- Changement réglementaire impactant vos opérations
- Retour d’expérience suite à un incident ou un quasi-incident
- Changement de structure juridique (passage d’auto-entreprise à SAS, par exemple)
Pour chaque mise à jour, suivez cette procédure :
- Identifiez les sections concernées
- Rédigez les modifications
- Faites valider par le responsable désigné (même si c’est vous)
- Incrémentez le numéro de version et mettez à jour la date de révision
- Archivez l’ancienne version (ne la supprimez jamais)
- Diffusez la nouvelle version à tous les personnels concernés
Un bon rythme de révision complète est une fois par an, même en l’absence de changement majeur. Cela vous force à vérifier que le document est toujours en phase avec la réalité.
Conseils pratiques pour rédiger un MANEX solide
Partez de votre réalité opérationnelle
Ne rédigez pas le MANEX que vous aimeriez avoir, mais celui qui décrit ce que vous faites réellement. Commencez par lister vos missions types, vos drones, vos procédures habituelles. Formalisez ensuite ce qui existe déjà dans votre pratique quotidienne.
Soyez précis mais concis
Un MANEX de 200 pages que personne ne lit est inutile. Visez la clarté et la précision. Utilisez des tableaux, des listes à puces, des schémas. Chaque section doit pouvoir être consultée indépendamment en quelques minutes.
Impliquez vos télépilotes
Si vous travaillez en équipe, faites participer vos télépilotes à la rédaction. Ce sont eux qui appliquent les procédures sur le terrain. Leur retour est précieux pour identifier les incohérences entre ce qui est écrit et ce qui est pratiqué.
Testez vos procédures d’urgence
Une procédure d’urgence qui n’a jamais été testée est une procédure incertaine. Organisez des exercices réguliers : simulation de perte de liaison, atterrissage d’urgence, gestion d’intrusion dans la zone de vol. Documentez ces exercices dans votre registre de formation.
Gardez une version numérique accessible sur le terrain
Votre MANEX doit être consultable à tout moment, y compris sur le terrain lors d’une mission. Conservez une version PDF sur votre tablette ou votre téléphone. En cas de contrôle, vous devez pouvoir le présenter immédiatement.
Utilisez un système de gestion documentaire
Même simple, un système de gestion de versions est indispensable. Numérotez vos versions (v1.0, v1.1, v2.0), datez chaque révision, et conservez un historique des modifications. Cela démontre que votre MANEX est un document vivant et maîtrisé.
Simplifier la gestion de votre MANEX au quotidien
La rédaction initiale du MANEX est un effort conséquent, mais c’est sa mise à jour régulière qui représente le véritable défi pour beaucoup de télépilotes. Entre le suivi des heures de vol, la maintenance des drones, la gestion des formations et l’évolution réglementaire, il est facile de prendre du retard. Des outils comme AltiNest permettent de centraliser le suivi de vos drones, de vos missions et de vos documents réglementaires, ce qui facilite la collecte des données nécessaires à la mise à jour de votre MANEX et vous évite de jongler entre plusieurs tableurs.
Ce qu’il faut retenir
Le MANEX drone n’est pas une corvée administrative : c’est le socle de votre professionnalisme. Un manuel bien rédigé vous protège en cas de contrôle, rassure vos clients, et surtout vous oblige à structurer votre activité de manière rigoureuse.
Pour résumer les points essentiels :
- Le MANEX est obligatoire pour tout exploitant UAS en catégorie Specific
- Il doit couvrir cinq grands domaines : organisation, opérations, urgences, formation, maintenance
- Il doit être personnalisé, précis et à jour
- Chaque modification de votre activité doit déclencher une révision
- Un MANEX de qualité est un avantage concurrentiel face aux donneurs d’ordre
Prenez le temps de rédiger un document solide dès le départ. Le temps investi sera largement rentabilisé par la sérénité qu’il vous apportera au quotidien et la crédibilité qu’il vous conférera auprès de vos clients et des autorités.
Besoin d’un point de départ ? Utilisez notre modèle de MANEX drone pour structurer votre rédaction. Pour compléter votre conformité, consultez notre guide complet de gestion d’activité télépilote et apprenez à bien tenir votre carnet de vol.
Simplifiez la gestion de votre MANEX et de toute votre conformité. Essayez AltiNest gratuitement pendant 14 jours — suivi documentaire, alertes d’expiration et centralisation de vos données en un seul endroit.
Réglementation 2026, checklist pré-vol, modèles de devis… Un email par semaine, pas de spam.
Pas de spam. Désinscription en 1 clic.
Recevez le prochain directement dans votre boîte. Guides pratiques, actualités réglementaires, et astuces pour développer votre activité drone.