Sommaire (11 sections)
- Quand la SORA est-elle requise ?
- SORA drone analyse risque : les deux dimensions évaluées
- Étape 1 : Décrire le concept d’opération (ConOps)
- Étape 2 : Déterminer le GRC intrinsèque
- Étape 3 : Déterminer l’ARC
- Étape 4 : Déterminer le SAIL
- Étape 5 : Remplir les OSO
- Étape 6 : Constituer le dossier, et savoir ce que la DSAC attend vraiment
- Cas pratique : inspection de pylône en zone rurale à 150m
- En résumé
- FAQ
La SORA, Specific Operations Risk Assessment : est la méthode d’analyse de risque imposée par l’EASA pour les opérations en catégorie Spécifique hors scénarios STS standard. Beaucoup de télépilotes la considèrent comme un exercice théorique réservé aux grandes entreprises. En réalité, une SORA simplifiée est exigée dans de nombreuses situations courantes : vol urbain complexe, opération au-dessus d’infrastructure critique, demande de dépassement de 120m. Ce guide la rend praticable.
Quand la SORA est-elle requise ?
Pas pour tous les vols professionnels. La SORA est obligatoire :
- Pour toute opération en catégorie Spécifique hors scénarios STS-01 et STS-02 standard
- Pour les opérations qui ne relèvent ni d’un scénario standard, ni d’un PDRA existant
- Lorsque la DGAC l’exige dans le cadre d’une autorisation de vol spécifique
- En support d’une demande de dérogation (hauteur > 120m, zone réglementée)
Pour les STS-01 et STS-02 conformes (drone de classe C5/C6, télépilote CATS, zone conforme), la SORA est implicitement intégrée dans la définition du scénario. Vous n’avez pas à la refaire.
SORA drone analyse risque : les deux dimensions évaluées
La SORA évalue le risque selon deux axes indépendants :
GRC : ground Risk Class (risque sol) Le risque pour les personnes au sol en cas de chute du drone. Il dépend de :
- La densité de population dans la zone de vol (rural, suburban, urbain, rassemblement)
- Les caractéristiques du drone (masse, énergie cinétique)
- La présence de personnes contrôlées ou non contrôlées sous la trajectoire
ARC : air Risk Class (risque aérien) Le risque de collision avec un aéronef habité. Il dépend de :
- La densité du trafic aérien dans la zone (en utilisant les données ATC, NOTAM, carte OACI)
- L’altitude de vol
- Les procédures de mitigation (équipements anti-collision, coordination ATC)
Étape 1 : Décrire le concept d’opération (ConOps)
Avant toute analyse, rédigez un ConOps précis :
- Type d’opération : inspection, photographie, cartographie, surveillance…
- Zone de vol : coordonnées, superficie, environnement (urbain, rural, maritime…)
- Altitude de vol : minimum, maximum, profil de vol
- Drone utilisé : masse, dimensions, classe, vitesse maximale
- Télépilote : qualifications, expérience spécifique
- Conditions prévues : météo minimale acceptée, horaires
Ce document est le fondement de votre analyse. Sans ConOps précis, votre SORA sera rejetée.
Étape 2 : Déterminer le GRC intrinsèque
Cet article présentait ici un tableau croisant la masse du drone en kilogrammes avec des libellés d’urbanisme (« zone urbaine dense », « suburbaine », « rurale »). Nous l’avons retiré : ce tableau n’existe pas dans la méthode.
La table officielle du GRC intrinsèque ne raisonne ni en kilogrammes, ni en types de zone. Elle croise deux tout autres paramètres :
- en colonnes, la dimension caractéristique maximale du drone associée à sa vitesse maximale (1 m et 25 m/s, 3 m et 35 m/s, 8 m et 75 m/s, et ainsi de suite) ;
- en lignes, la densité de population exprimée en personnes par kilomètre carré, la première ligne étant réservée au vol au-dessus d’une zone contrôlée au sol.
L’écart n’est pas anodin et il ne va pas dans le sens de la sécurité : selon la table réelle, un multirotor de taille moyenne au-dessus d’une zone à quelques milliers d’habitants au kilomètre carré se situe plusieurs niveaux au-dessus de ce que l’ancien tableau annonçait. Or le GRC détermine le SAIL, donc le niveau de preuve exigé dans tout votre dossier.
Allez chercher la table à la source. Le plus court, en France, est le guide DSAC « Mise en œuvre de la méthode SORA », édition 3 du 26 février 2026 : la table du GRC intrinsèque est en page 26, et sa règle de lecture en page 25. Nous ne la reproduisons pas ici : une matrice recopiée est une matrice qui se périme et se déforme.
Deux points de méthode que cette page 25 impose et qu’on oublie souvent. La ligne à retenir est celle de la densité immédiatement supérieure à celle que vous avez mesurée, et la colonne est la plus conservatrice des deux critères : le guide donne lui-même l’exemple d’une machine de 9 m d’envergure volant à 30 m/s, qui se classe en troisième colonne. Enfin, la densité à retenir est la plus élevée rencontrée dans la zone d’opération et dans la zone tampon, pas une moyenne.
Deux règles utiles à connaître : un drone de 250 g ou moins ne dépassant pas 25 m/s obtient le GRC le plus bas quelle que soit la densité, sauf survol de rassemblement ; et un GRC final supérieur à 7 sort du champ de la SORA et relève de la catégorie certifiée.
Réduction du GRC : les atténuations ne se limitent pas à un ou deux niveaux, et elles obéissent à des crédits par niveau de robustesse (faible, moyenne, élevée). Un dispositif réduisant les effets de l’impact, tel qu’un parachute, peut valoir jusqu’à deux niveaux en robustesse élevée, et non un seul. Attention en revanche à ne pas compter deux fois la zone contrôlée au sol : elle n’est pas une atténuation, c’est une ligne d’entrée de la table du GRC intrinsèque.
Étape 3 : Déterminer l’ARC
L’ARC (de a à d, d étant le plus élevé) dépend de la zone géographique et de la densité du trafic aérien. Consultez :
- La carte OACI de la France (SIA : service de l’Information Aéronautique)
- Les NOTAMs actifs pour votre zone et période
- La carte des espaces aériens sur Géoportail
Valeurs par défaut SORA :
- Zone VFR de transit à basse altitude avec peu de trafic : ARC-a ou ARC-b
- Zone suburbaine avec quelques aéronefs : ARC-b
- CTR ou zone à fort trafic : ARC-c ou ARC-d
Mitigation ARC : Possible via :
- Coordination avec le contrôle aérien (ATC)
- Équipement de détection de trafic (transpondeur ADS-B In, récepteur FLARM si applicable)
- Restriction de l’altitude de vol aux plafonds les plus bas
Étape 4 : Déterminer le SAIL
Le SAIL (Specific Assurance and Integrity Level) est une matrice croisant GRC résiduel et ARC résiduel après mitigation.
La matrice qui figurait ici était fausse, et systématiquement dans le sens qui rassure. Comparée à la table officielle, elle sous-évaluait le SAIL sur neuf combinaisons, parfois de deux niveaux : une opération que cet article classait en SAIL IV pouvait relever du SAIL VI, c’est-à-dire du niveau d’exigence le plus élevé de la méthode.
Nous ne la remplaçons pas par une autre matrice recopiée. La table de détermination du SAIL est en page 42 du guide DSAC, avec le GRC final en lignes et l’ARC résiduel en colonnes. Deux points à en retenir : la matrice ne regroupe pas les GRC par paires comme le faisait notre tableau, et un GRC final supérieur à 7 bascule l’opération en catégorie certifiée.
Si vous montez un dossier, lisez la table dans le document source. C’est la pièce sur laquelle repose tout le reste de votre analyse.
Plus le SAIL est élevé, plus les exigences opérationnelles (OSO, Operational Safety Objectives) sont strictes.
AltiNest ne réalise pas votre analyse de risque, et aucun logiciel ne le peut : elle engage votre responsabilité d’exploitant. Ce qu’AltiNest fait, c’est vous dire quelle voie s’applique à votre vol, STS, PDRA ou SORA, et pourquoi les autres sont écartées. Essai gratuit →
Étape 5 : Remplir les OSO
Pour chaque niveau SAIL, un ensemble d’Operational Safety Objectives doit être satisfait. Les OSO couvrent :
- La robustesse du drone (maintenance, redondance)
- La compétence du pilote
- L’organisation de l’exploitant (MANEX, procédures d’urgence)
- La gestion des données et de la mission
Le tableau complet des OSO par SAIL est en pages 50 à 52 du guide DSAC. Pour les SAIL I et II, les exigences sont légères. À partir de SAIL IV, le niveau de preuve attendu devient significatif.
Ce qui change vraiment d’un niveau à l’autre, ce n’est pas la liste des objectifs, c’est ce que vous devez produire pour chacun. En robustesse faible, vous déclarez être conforme. En moyenne, vous déclarez et vous citez le paragraphe précis de votre documentation, qui doit être jointe. En élevée, vous démontrez avec des éléments objectifs : mesures, essais, données quantitatives. C’est cette gradation, et non le nombre d’OSO, qui fait la différence entre un dossier de quinze pages et un dossier de deux cents.
Étape 6 : Constituer le dossier, et savoir ce que la DSAC attend vraiment
C’est ici que la plupart des dossiers se perdent, parce qu’une SORA seule n’est pas un dossier. Le guide DSAC en fixe la composition, et la liste est plus longue que prévu. Y figurent a minima :
- Le formulaire de demande d’autorisation d’exploitation, c’est-à-dire le formulaire 208 pour la SORA 2.5 ;
- Le formulaire de dérogation le cas échéant, à adresser par ailleurs à la préfecture compétente ;
- Un fichier
.kmlou.kmzmontrant la géographie de vol, la zone de contingence et la zone tampon, et s’il y a lieu la position du télépilote, des observateurs, du public et de la ZRT ; - La documentation de l’opération envisagée, l’ancien ConOps de la SORA 2.0 ;
- Votre MANEX ;
- L’évaluation SORA elle-même, ou la matrice de conformité à un PDRA, avec ses justificatifs (vérification de conception, déclarations signées des concepteurs, protocoles d’accord, matrice de conformité aux OSO) ;
- Le dossier technique de l’aéronef, manuel d’utilisation et d’entretien compris ;
- Un plan documentaire d’une page si le dossier est volumineux, qui dit dans quel fichier et à quelle page se trouve chaque justificatif.
Deux détails qui font gagner des semaines. Le guide autorise explicitement à renvoyer vers un paragraphe du MANEX plutôt que de le recopier, à condition que la référence soit précise (numéro de paragraphe) et sans équivoque. Et le dossier ne doit contenir que les pièces nécessaires : un dossier trop gros est aussi mal reçu qu’un dossier incomplet.
Le dépôt se fait sur METEOR, et seulement là. Le guide est net : la plateforme est l’unique moyen de communication, et « les mails envoyés directement aux inspecteurs en charge des dossiers ne sont pas traités ». L’ouverture du compte se demande à dsac-autorisations-drones-bf@aviation-civile.gouv.fr.
Cas pratique : inspection de pylône en zone rurale à 150m
- Drone : 4 kg, pas de parachute
- Zone : rurale, accès possible mais non contrôlé
- Altitude : 150m AGL (nécessite CERFA 15478)
- Espace aérien : hors CTR, trafic VFR faible
GRC intrinsèque : il ne peut pas être établi à partir de la seule masse et d’un libellé de zone. Il faut la dimension caractéristique du drone, sa vitesse maximale et la densité de population la plus élevée rencontrée dans l’empreinte au sol, exprimée en personnes par kilomètre carré. Reportez-vous à la table officielle.
ARC : zone rurale hors CTR, altitude 150m. ARC-b probable (vérifier NOTAM et carte OACI pour la zone précise).
SAIL : il se lit dans la table officielle en croisant le GRC final et l’ARC résiduel. Nous ne donnons pas de résultat chiffré pour cet exemple : il dépend entièrement des paramètres ci-dessus, et un exemple faux serait pire qu’aucun exemple.
La réglementation générale et les STS-01/STS-02 restent les cadres à privilégier quand ils s’appliquent, la SORA ad hoc est plus lourde administrativement.
En résumé
- La SORA est requise pour les opérations Spécifiques hors STS-01/STS-02 standard, et hors PDRA : vérifiez d’abord ces deux portes de sortie, elles évitent des semaines de rédaction
- Elle évalue deux risques indépendants : GRC (sol) et ARC (aérien)
- Le croisement donne le SAIL, qui détermine les obligations opérationnelles
- Commencez par la documentation de l’opération envisagée : c’est la base de tout
- Une SORA seule n’est pas un dossier : il faut aussi le formulaire 208, le fichier des volumes de vol, le MANEX et le dossier technique
- Le dépôt passe par METEOR, et par nulle part ailleurs
- La référence française est le guide DSAC édition 3 du 26 février 2026, gratuit, 56 pages
FAQ
La SORA simplifiée est-elle différente de la SORA complète ?
“Simplifiée” est un raccourci d’usage professionnel, il n’existe pas de version officielle “simplifiée” dans les textes EASA. La SORA 2.5 est la version de référence. Certains PDRA (Pre-Defined Risk Assessment) constituent des SORA pré-réalisées pour des opérations types : si votre opération entre dans un PDRA existant, vous n’avez pas à refaire une SORA complète.
Peut-on faire sa SORA soi-même ou faut-il un bureau d’études ?
Pour les SAIL I et II, un exploitant organisé et formé peut réaliser sa SORA. À partir de SAIL III et surtout SAIL IV+, l’appui d’un consultant spécialisé est fortement recommandé, le niveau de preuve attendu et la complexité des OSO dépassent ce qu’un pilote seul peut produire dans un délai raisonnable.
Combien de temps la DGAC prend-elle pour valider une SORA ?
Aucun délai réglementaire ne s’impose à la DSAC, mais son guide publie des préavis recommandés pour les SAIL I et II : trois mois pour une première demande ou une opération éloignée de ce qui a déjà été autorisé, un mois pour un renouvellement à conditions identiques, et 45 jours si un arrêté préfectoral est demandé en parallèle. Au-delà du SAIL II, le délai est fixé au cas par cas.
Trois points comptent plus que le chiffre lui-même. Le décompte ne commence qu’à réception d’un dossier complet, donc une pièce manquante ne retarde pas de quelques jours, elle remet le compteur à zéro. Les préavis ne sont pas un engagement de la DSAC à délivrer dans ce délai. Et un dossier laissé sans réponse à un commentaire de l’autorité passe en attente au bout d’un mois, puis un nouveau préavis de trois mois s’applique quand vous répondez enfin ; à six mois, il est classé sans suite.
Où trouver les documents officiels, gratuitement ?
Trois liens suffisent, tous publics et tous à jour :
- le guide DSAC « Mise en œuvre de la méthode SORA », édition 3 du 26 février 2026, 56 pages, à jour de la SORA 2.5 : Guide_SORA.pdf ;
- le formulaire 208, la demande d’autorisation d’exploitation en SORA 2.5, en français : Form_208_EASA_demande_AE_FRA.pdf ;
- la page officielle de la catégorie Spécifique, qui porte aussi les cinq tableaux PDRA : ecologie.gouv.fr.
Il n’existe pas de « modèle de SORA » à télécharger, et il ne peut pas en exister : une SORA décrit votre opération, sa zone, ses personnes au sol, son espace aérien et vos procédures. Ce qui se télécharge, c’est le formulaire à remplir et le guide qui explique comment.
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