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Pourquoi le signalement électronique est obligatoire
Le signalement électronique — parfois appelé « Remote ID » — est au drone ce que la plaque d’immatriculation est à la voiture. C’est un système qui permet aux autorités d’identifier un drone en vol en temps réel, sans avoir besoin de contacter le télépilote ou de récupérer physiquement l’appareil.
Concrètement, le drone émet en permanence un signal radio (Wi-Fi ou Bluetooth) contenant son numéro d’identification unique, sa position GPS, son altitude et la position de décollage. Toute personne équipée d’un smartphone avec la bonne application peut capter ce signal et identifier le drone.
L’objectif est triple :
- La sécurité de l’espace aérien. En cas d’incident (approche d’un aéronef habité, survol interdit, chute), les autorités peuvent identifier immédiatement le drone concerné et son exploitant.
- La traçabilité. Le signalement électronique crée un historique des vols qui peut être consulté en cas d’enquête ou de plainte.
- La responsabilisation. Savoir que son drone est identifiable en permanence dissuade les comportements dangereux ou illégaux.
Pour un télépilote professionnel, la conformité au signalement électronique n’est pas optionnelle. C’est une obligation légale dont le non-respect peut entraîner des sanctions lourdes — et surtout, c’est un point systématiquement vérifié lors des contrôles en vol.
Si vous débutez dans le métier, notre article sur la réglementation drone professionnelle en France en 2026 vous donnera le cadre complet.
Le système français vs le système européen
C’est probablement le point le plus confus de la réglementation drone actuelle : il existe deux systèmes de signalement électronique qui coexistent en France, et dans certains cas, il faut se conformer aux deux.
Le système français
Le signalement électronique « à la française » est en vigueur depuis le 1er janvier 2019 pour tous les drones de plus de 800 grammes. Il est régi par l’arrêté du 27 décembre 2019.
Le principe : le drone émet un signal Wi-Fi contenant un identifiant unique (le trigramme du constructeur + le numéro de série de l’appareil) ainsi que le numéro d’enregistrement UAS-FR attribué lors de l’enregistrement sur AlphaTango. Ce signal est émis en continu pendant tout le vol, avec une portée de plusieurs centaines de mètres.
Les drones DJI, Parrot et la plupart des fabricants majeurs intègrent le signalement français nativement dans leurs appareils vendus sur le marché français. Il suffit d’activer la fonction dans les paramètres du drone et de renseigner le numéro UAS-FR.
Le système européen (Remote ID EASA)
Le règlement européen (UE) 2019/945, complété par les règlements délégués, impose un système de Remote ID distinct, applicable depuis le 1er janvier 2024. Ce système est lié aux labels de classe (C0, C1, C2, C3, C4, C5, C6) et concerne les drones opérant en catégorie ouverte ou en catégorie spécifique sous scénarios standards STS-01 et STS-02.
Le Remote ID européen fonctionne sur un protocole différent et transmet des informations légèrement différentes du système français, notamment l’identifiant d’enregistrement européen et le type de vol (catégorie ouverte, spécifique, etc.).
La double obligation
Et c’est là que les choses se compliquent. En France, les deux systèmes coexistent. Un télépilote professionnel qui opère un drone de plus de 800 grammes en scénario STS-01 ou STS-02 doit théoriquement se conformer :
- Au signalement électronique français (obligation nationale)
- Au Remote ID européen (obligation liée au label de classe et au scénario standard)
En pratique, les drones récents des grandes marques (DJI Mavic 3 Enterprise, DJI Matrice 350 RTK, etc.) intègrent les deux systèmes. Mais pour les drones plus anciens ou les appareils assemblés, la situation peut être plus complexe.
Si vous opérez sous STS-01 ou STS-02, vérifiez impérativement que votre drone dispose à la fois du signalement français ET du Remote ID européen. L’absence de l’un ou de l’autre peut invalider votre autorisation de vol.
Comment vérifier que votre drone est conforme
La vérification de la conformité n’est pas aussi évidente qu’on pourrait le croire. Voici une procédure en quatre étapes pour vous assurer que tout est en ordre.
Étape 1 : vérifier les paramètres du drone
Accédez aux paramètres de sécurité ou de conformité de votre drone via l’application constructeur. Cherchez les sections « signalement électronique », « Remote ID » ou « e-identification ». Vérifiez que la fonction est activée et que votre numéro UAS-FR est correctement renseigné.
Sur les drones DJI, la fonction se trouve dans les paramètres de sécurité de DJI Fly ou DJI Pilot 2. Sur Parrot, c’est dans les paramètres de vol de FreeFlight 7.
Étape 2 : vérifier le label de classe
Si vous opérez en catégorie spécifique sous STS-01 ou STS-02, votre drone doit porter un label de classe (C5 pour STS-01, C6 pour STS-02). Ce label, attribué par le fabricant, garantit que le drone répond aux exigences techniques européennes, dont le Remote ID.
Le label de classe est généralement indiqué sur une étiquette collée sur le drone, dans le manuel d’utilisation et dans la documentation technique du fabricant. Attention : un drone qui n’a pas été commercialisé avec un label de classe ne peut pas en obtenir un rétroactivement — c’est une certification d’usine.
Étape 3 : tester l’émission du signal
Plusieurs applications gratuites permettent de vérifier que votre drone émet bien un signal de signalement électronique :
- OpenDroneID (Android) : application open source qui détecte les signaux Remote ID Bluetooth et Wi-Fi
- AeroScope (DJI) : système propriétaire DJI, principalement utilisé par les autorités mais aussi accessible aux professionnels
- Drone Scanner (Android/iOS) : application développée pour détecter les drones à proximité
Allumez votre drone (sans nécessairement décoller), lancez l’application sur un smartphone à proximité, et vérifiez que le drone apparaît dans la liste avec les informations correctes (numéro de série, identifiant UAS-FR).
Étape 4 : vérifier le certificat de conformité
Le fabricant doit fournir un certificat de conformité ou une déclaration de conformité UE attestant que le drone respecte les exigences du règlement. Ce document fait partie de la documentation technique de l’appareil. Conservez-le précieusement : il peut vous être demandé lors d’un contrôle ou d’un audit de votre MANEX.
Que se passe-t-il en cas de contrôle sans signalement
Les contrôles de drones en vol sont de plus en plus fréquents en France. Ils sont réalisés par la gendarmerie, la police nationale, la DGAC ou les douanes, souvent avec du matériel de détection capable de capter les signaux de signalement électronique.
Les sanctions financières
L’absence de signalement électronique sur un drone soumis à cette obligation est passible d’une amende de 750 euros (contravention de 4e classe). En cas de récidive ou de circonstances aggravantes (survol de zone interdite, mise en danger), l’amende peut atteindre 15 000 euros et être assortie de peines complémentaires.
L’immobilisation du drone
Les forces de l’ordre peuvent procéder à l’immobilisation immédiate du drone si le signalement électronique n’est pas fonctionnel. Concrètement, votre mission est interrompue, votre client n’est pas livré, et vous repartez avec un PV et un drone cloué au sol jusqu’à mise en conformité.
L’impact sur l’assurance
Point souvent négligé : en cas d’accident survenu alors que le signalement électronique n’est pas fonctionnel, votre assurance responsabilité civile professionnelle peut refuser la prise en charge. L’argument de l’assureur est simple : vous étiez en infraction réglementaire au moment du sinistre, ce qui constitue une cause d’exclusion de garantie.
C’est pourquoi la vérification du signalement électronique doit faire partie de votre checklist pré-vol systématique.
Les solutions pour les drones non conformes
Si votre drone actuel ne dispose pas du signalement électronique — ou si le système intégré ne couvre que le protocole français mais pas l’européen — plusieurs solutions existent.
Le module externe (Beacon)
Des fabricants comme Dronetag, TRID ou BlueMark proposent des modules de signalement électronique externes (souvent appelés « beacons ») qui se fixent sur le drone. Ces boîtiers légers (20 à 50 grammes) émettent les signaux requis en Bluetooth et Wi-Fi, conformément aux protocoles français et européen.
Le coût d’un beacon varie entre 150 et 400 euros selon le modèle et les fonctionnalités. C’est un investissement raisonnable pour rendre un drone existant conforme sans avoir à le remplacer.
Attention toutefois : l’ajout d’un module externe ne confère pas de label de classe à un drone qui n’en possède pas. Si vous devez opérer sous STS-01 ou STS-02, le drone lui-même doit être certifié C5 ou C6.
La mise à jour firmware
Certains fabricants proposent des mises à jour firmware qui ajoutent ou améliorent la fonction de signalement électronique. C’est notamment le cas de DJI qui a déployé plusieurs mises à jour pour rendre ses drones conformes au Remote ID européen. Vérifiez régulièrement les mises à jour disponibles pour votre appareil.
Le remplacement par un drone classé
Si votre drone est ancien et ne peut être rendu conforme ni par module externe ni par mise à jour, la seule solution est le remplacement par un drone portant un label de classe. C’est un investissement conséquent, mais c’est aussi l’occasion de passer à un appareil plus performant et pleinement conforme à la réglementation en vigueur.
Avant tout achat, vérifiez que le drone envisagé porte bien le label de classe correspondant à vos scénarios d’opération (C5 pour STS-01, C6 pour STS-02) et qu’il intègre nativement les deux systèmes de signalement (français et européen).
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