Sommaire (9 sections)
Un client vous demande une inspection à proximité d’un grand aéroport. Votre réflexe : « impossible, c’est une CTR ». Ce réflexe est faux la plupart du temps, mais il l’est pour une raison qui n’a rien d’évident : la CTR n’est presque jamais la contrainte qui décide. Ce qui décide, c’est la distance à la piste, et elle obéit à un tableau que la plupart des articles sur le sujet ne citent jamais.
Tout ce qui suit repose sur un seul texte, l’arrêté du 3 décembre 2020 relatif à l’utilisation de l’espace aérien par les aéronefs sans équipage à bord, modifié par l’arrêté du 23 décembre 2025 en vigueur au 1er janvier 2026.
La règle que tout le monde inverse
Une CTR (Control Zone) est un espace aérien contrôlé qui part du sol et monte jusqu’à un plafond publié, établi autour des aérodromes dotés d’un service de contrôle (TWR ou APP). Le plafond varie d’un aérodrome à l’autre : il se lit sur l’AIP France, section AD 2 de l’aérodrome, et nulle part ailleurs.
Contrairement à ce qu’on lit souvent, être dans une CTR ne vous soumet pas automatiquement à l’accord du contrôle aérien. L’arrêté distingue deux régimes :
- pour les espaces contrôlés listés au 3° de l’annexe II, une liste limitative de CTR militaires, l’accord préalable de l’organisme de contrôle est exigé quelle que soit la hauteur ;
- pour tous les autres espaces contrôlés, dont les CTR civiles de Roissy, Orly, Lyon, Marseille ou Bordeaux, l’accord n’est exigé qu’à partir de 50 mètres au-dessus de la surface (articles 5 et 7).
C’est le contresens le plus répandu, et il coûte des missions. Les CTR listées à l’annexe II sont des CTR militaires. Sous 50 m dans une CTR civile, l’arrêté n’impose pas d’accord ATC. Cela ne veut pas dire que le vol est libre pour autant : la limite de hauteur au voisinage de l’aérodrome, elle, s’applique toujours, et c’est elle qui commande.
La contrainte qui commande vraiment : la distance à la piste
L’annexe I de l’arrêté fixe une hauteur maximale de vol selon la distance à l’aérodrome et le type de piste. Pour une piste équipée d’une procédure aux instruments, cas de tous les grands aéroports :
| Distance à l’aérodrome | Hauteur maximale |
|---|---|
| moins de 2,5 km | le tableau ne prévoit rien |
| de 2,5 à 5 km | 30 m |
| de 5 à 8 km | 60 m |
| de 8 à 10 km | 100 m |
Le point décisif est la première ligne. Le tableau ne commence qu’à 2,5 km. En deçà, aucune hauteur n’est ouverte : le vol suppose l’accord prévu à l’article 4, ce qui est une autre démarche que la coordination décrite plus bas.
Une version antérieure de cet article ouvrait sur une inspection « à 800 m du seuil de piste de Lyon Saint-Exupéry » présentée comme faisable moyennant un appel à la tour. C’était faux, et dans le sens dangereux. À 800 m d’une piste à approche aux instruments, on est sous le premier seuil du tableau.
Retenez donc les deux erreurs symétriques, également coûteuses : croire qu’une CTR interdit tout, et croire qu’un coup de fil à la tour ouvre tout.
U-space
Le règlement d’exécution (UE) 2021/664 est applicable depuis janvier 2023, mais un espace U-space n’existe que là où un État l’a formellement désigné après évaluation des risques. Nous n’avons pas pu établir qu’une CTR française soit aujourd’hui désignée comme espace U-space, et la version précédente de cet article l’affirmait sans source. Tant que cette désignation n’est pas publiée, la procédure applicable est la coordination classique décrite ci-dessous.
Voler en drone zone CTR aéroport : procédure d’autorisation
Étape 1 : Identifier la CTR et ses contraintes
Sur la carte OACI SIA ou sur AlphaTango, relevez :
- Le périmètre exact de la CTR
- Le plancher (SFC = sol)
- Le plafond (ex : 1 500 ft AMSL)
- L’organisme de contrôle responsable (TWR, APP, ou CTR déléguée)
Les informations de contact du service ATC figurent dans l’AIP France, section “AD 2” de l’aérodrome concerné.
Pour comprendre les différents types de zones, consultez l’article Lire l’espace aérien drone : zones CTR, P, R, D expliquées.
Étape 2 : Préparer la demande
Rassemblez ces informations avant de contacter la tour :
- Coordonnées GPS de votre zone de décollage et de la zone de vol (emprise latérale)
- Hauteur maximale prévue en mètres AGL et altitude AMSL estimée
- Fenêtre temporelle : date, heure de début, heure de fin (en UTC)
- Type d’opération : inspection, relevé, audiovisuel
- Référence exploitant AlphaTango
- Modèle de drone et masse
Étape 3 : Contacter le service ATC
Le contact peut se faire :
- Par téléphone : numéro de la TWR ou de l’APP dans l’AIP France. Idéalement la veille, sinon le matin du vol.
- Par formulaire AlphaTango : pour certains aérodromes, une demande de coordination en ligne est disponible. Délai de réponse : 48h minimum.
- Par email : pour les aérodromes secondaires sans TWR permanente, l’AFIS (service d’information de vol) peut accepter les demandes par email.
L’interlocuteur vous dira si la coordination est possible, vous donnera éventuellement une fenêtre horaire précise, et notera votre drone dans son registre de trafic.
AltiNest détecte automatiquement les CTR sur votre zone de mission et vous guide dans la procédure d’autorisation. Essai gratuit →
Étape 4 : Obtenir l’accord et le documenter
L’accord verbal n’est pas suffisant pour votre dossier de vol. Demandez :
- Une confirmation écrite (email, fax) avec la référence de l’accord
- Ou notez le nom de l’interlocuteur ATC, la date et l’heure de l’accord dans votre dossier
Le jour du vol, rappelez la TWR avant le décollage pour confirmation. Les conditions peuvent avoir changé (trafic intensifié, exercice inopiné). Indiquez : “Télépilote drone [nom], accord du [date], je débute le vol à [heure UTC].”
Exemples de CTR françaises et leurs spécificités
CDG / Orly : CTR imbriquées autour du hub de Paris. Les procédures y sont strictement encadrées par la DSNA. Les demandes passent par le bureau de piste (ATC DSNA). Délai minimum de 5 jours ouvrés recommandé. Missions quasi impossibles dans les zones les plus proches des pistes, mais faisables en périphérie de CTR avec coordination.
Lyon Saint-Exupéry : procédure par téléphone à la TWR Lyon, relativement réactive pour des missions en périphérie si vous appelez la veille. Les caractéristiques exactes de la CTR (classe, plancher, plafond) se lisent sur l’AIP France, section AD 2 : nous ne les reproduisons pas ici, une valeur recopiée et périmée étant pire que pas de valeur.
Un point de vocabulaire qui compte : entre 2,5 et 5 km d’une piste à approche aux instruments, les 30 m ne sont pas une faveur que la tour accorde, c’est le plafond réglementaire de l’annexe I. L’accord du contrôle sert à s’en affranchir, pas à l’octroyer.
Marseille-Provence : CTR étendue qui couvre une partie de la zone portuaire et des Calanques. Deux interlocuteurs possibles : TWR Marseille pour les approches, APP Marseille pour les zones plus éloignées. Une déclaration préfectorale selon le CERFA 15476*04, avec un préavis de 10 jours ouvrables depuis le 1er janvier 2026, peut être requise en parallèle si la zone est peuplée, détails dans l’article CERFA 15476 : déclaration préfectorale vol en zone peuplée.
Bordeaux-Mérignac : CTR de 10 NM de rayon. Service ATC généralement accessible et coopératif pour les demandes professionnelles avec dossier complet. Délai de réponse : 24-48h si demande par email en semaine.
Les cas où la CTR ne suffit pas
Être dans une CTR n’est pas la seule contrainte à vérifier. En parallèle :
- Zone peuplée : si la mission est en agglomération, la déclaration préfectorale s’ajoute.
- Hauteur > 120 m : CERFA 15478 en plus de la coordination CTR.
- Site Seveso ou infrastructure critique : possible zone R superposée.
- Zone géographique UAS de restriction, à consulter sur Géoportail : elle ne remplace pas la CTR, elle s’y ajoute. Les contraintes se cumulent, aucune n’en annule une autre, et c’est toujours la plus restrictive qui commande.
Ce qu’il faut garder dans votre dossier de vol
Pour chaque mission en CTR, conservez :
- Référence de la CTR et date de consultation OACI
- Coordonnées et périmètre de vol
- Confirmation écrite ou note de contact ATC (nom, heure, accord)
- Accusé de coordination AlphaTango si applicable
- Compte rendu de l’appel de confirmation avant décollage
En résumé
- Une CTR n’interdit pas les drones : elle impose une coordination avec le service ATC responsable.
- La procédure : identifier la CTR sur OACI, préparer les données de vol, contacter la TWR/APP, obtenir un accord écrit, confirmer avant décollage.
- Délais : minimum 48h pour les petits aérodromes, 5 jours pour les grands hubs.
- Documenter l’accord dans le dossier de vol.
- Vérifier les contraintes superposées (zone peuplée, hauteur, zone UAS).
FAQ
Peut-on voler dans une CTR sans accord du contrôle si on reste bas ?
Dans une CTR civile, oui, sous 50 m : l’arrêté du 3 décembre 2020 n’exige l’accord de l’organisme de contrôle qu’à partir de 50 mètres au-dessus de la surface (articles 5 et 7). Dans les CTR militaires listées au 3° de l’annexe II, l’accord est requis quelle que soit la hauteur.
Attention à ne pas en tirer la conclusion inverse : rester sous 50 m ne rend pas le vol libre. La hauteur maximale de l’annexe I, liée à la distance à la piste, continue de s’appliquer, et elle est souvent plus basse que 50 m. À moins de 2,5 km d’une piste à approche aux instruments, elle ne prévoit aucune hauteur du tout.
La tour de contrôle peut-elle refuser une demande de vol drone en CTR ?
Oui. L’ATC peut refuser si le trafic est trop dense, si votre zone de vol est incompatible avec les trajectoires d’approche, ou si votre dossier est incomplet. Dans ce cas, vous pouvez demander une fenêtre horaire alternative (nuit, weekend, creux de trafic) ou réduire votre emprise de vol.
Les aérodromes secondaires (sans tour de contrôle permanente) ont-ils une CTR ?
Certains ont des zones de protection moins strictes (AFIS, FISO) sans CTR formelle. Mais beaucoup sont couverts par des zones géographiques UAS, à consulter sur Géoportail et non sur AlphaTango, qui n’affiche pas ces zones ; et surtout, le tableau de hauteurs de l’annexe I s’applique au voisinage de tout aérodrome, avec ou sans CTR. Restriction sur AlphaTango qui requièrent tout de même une coordination. Vérifiez toujours AlphaTango avant de conclure qu’un aérodrome est sans contrainte.
Combien de temps un accord de vol en CTR est-il valable ?
L’accord est valable pour la fenêtre temporelle convenue. Si vous ne décollez pas dans cette fenêtre, vous devez rappeler la tour. Certains accords sont valables pour une journée entière (vol récurrent de surveillance), d’autres pour une plage horaire précise de 30 minutes.
Sources : AIP France (sia.aviation-civile.gouv.fr), AlphaTango (alphatango.aviation-civile.gouv.fr), règlement UE 2019/947, circulaire DGAC relative aux opérations UAS en espace contrôlé
Réglementation 2026, checklist pré-vol, modèles de devis. Un message par mois, pas de spam.
Pas de spam. Désinscription en 1 clic.
Recevez le prochain directement dans votre boîte. Guides pratiques, actualités réglementaires, et astuces pour développer votre activité drone.