Géoportail dit “vert” sur votre zone. AlphaTango affiche une zone orange de restriction. La carte OACI montre une CTR dont le plancher commence au sol à 2 km de votre point de décollage. Lequel croire ? Les trois. Et si vous n’en consultez qu’un, vous passez à côté d’une contrainte réelle. Voici la méthode pour croiser ces trois sources sans perdre une heure à chaque mission.

Pourquoi trois sources et pas une seule

Chaque outil couvre un périmètre différent de la réalité :

Géoportail (IGN) intègre les zones géographiques UAS issues de la cartographie officielle française et européenne. Il est visuellement accessible et permet de superposer plusieurs couches (topographie, occupation des sols, restrictions drones). Mais sa mise à jour est moins fréquente que les deux autres.

La carte OACI SIA est la référence légale pour l’espace aérien aéronautique : CTR, TMA, zones P/R/D, espaces de classes. Elle n’est pas conçue pour les drones mais elle vous donne l’information que les pilotes d’avion utilisent — ce qui est exactement ce dont vous avez besoin pour identifier les espaces contrôlés.

AlphaTango est la plateforme DGAC dédiée aux drones. Elle affiche les zones géographiques UAS en temps réel, intègre les restrictions locales issues des arrêtés préfectoraux, et est la source la plus réactive pour les créations récentes de zones.

Aucun des trois ne couvre à lui seul l’ensemble des contraintes. Un accord entre les trois est nécessaire.

Étape 1 : AlphaTango en premier

Commencez par AlphaTango (alphatango.aviation-civile.gouv.fr, section carte interactive). Entrez l’adresse de votre zone de mission. Vérifiez :

  • La présence de zones rouges (exclusion) : interdit de voler.
  • Les zones oranges (restriction) : conditions à respecter, parfois accord préalable.
  • Les zones bleues (information) : connaissance requise mais pas d’interdiction.

Notez les codes des zones (ex : “ZRD 2025-075 Préfecture Rhône”) et les conditions associées. AlphaTango vous donne souvent un lien vers l’arrêté préfectoral source.

Cette première vérification prend 3 minutes et filtre immédiatement les zones clairement problématiques.

Étape 2 : Carte OACI pour les espaces aéronautiques

Ouvrez la carte OACI France sur le site du SIA (sia.aviation-civile.gouv.fr). Cette carte papier numérisée est la bible de l’espace aérien.

Identifiez :

  • Les CTR (cercles hachurés bleus) avec leurs planchers et plafonds
  • Les zones P, R, D (contours rouges et bleus selon le type)
  • Les espaces de classes C, D qui peuvent s’appliquer dès le sol

Exemple pratique : vous préparez une mission à Metz. Sur AlphaTango, la zone semble libre. Mais sur la carte OACI, vous voyez que vous êtes sous la TMA de Metz avec un plancher à 1 500 ft AMSL. Si votre terrain est à 200 m d’altitude, un vol à 100 m de hauteur vous amène à 300 m AMSL (~985 ft), sous le plancher — vous êtes libre. Mais si votre terrain est à 350 m d’altitude, le même vol vous met à 450 m AMSL (~1 480 ft), juste sous le plancher de la TMA. Avec une marge nulle.

Pour comprendre le système de classification des zones, l’article Lire l’espace aérien drone : zones CTR, P, R, D expliquées vous donne tous les repères.

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Étape 3 : Géoportail pour la cartographie terrain

Géoportail (geoportail.gouv.fr) est utile en troisième étape pour deux raisons :

  1. Superposer les restrictions sur fond de photo satellite : vous voyez exactement où commence une zone P par rapport aux routes, bâtiments, et votre point de décollage prévu. Plus concret que les cartes schématiques.

  2. Vérifier les couches complémentaires : zones Natura 2000, parcs nationaux avec restrictions de survol, zones habitées pour le calcul de la zone peuplée (utile pour savoir si une déclaration préfectorale est requise).

Activez la couche “Zones de vol de drones” dans Géoportail. Elle reprend les données UAS officielles. Si elle diverge d’AlphaTango sur un point, fiez-vous à AlphaTango (plus récent) et notez le divergence dans votre dossier de vol.

Géoportail, carte OACI, AlphaTango drone : tableau de synthèse

SourceCe qu’elle couvreMise à jourÀ utiliser pour
AlphaTangoZones UAS officielles, restrictions localesTemps réelPremier filtre
Carte OACI SIACTR, TMA, P/R/D, classesCycle AIRAC 28jEspace aéronautique
GéoportailZones UAS + cartographie terrainVariableVisualisation satellite
SIA NOTAM (sofia.notam.fr)Restrictions temporairesTemps réelJ-1 et matin du vol

Les NOTAM et SUP AIP sont une quatrième couche indispensable, couverts dans l’article NOTAM et SUP AIP : vérifier l’espace aérien avant chaque mission.

Les erreurs classiques

Erreur 1 : Faire confiance à une seule application mobile. Drone Spot, DJI Fly, Kittyhawk — ces applications agrègent des données mais avec des délais de mise à jour variables. Elles sont utiles comme aide visuelle, pas comme source légale unique. En cas de contrôle, vous devrez justifier votre vérification sur les sources officielles.

Erreur 2 : Ignorer les zones oranges AlphaTango. Une zone orange n’est pas un feu vert tacite. Elle signifie “conditions particulières”. Lisez-les. Parfois c’est une limite de hauteur à 30 m. Parfois c’est un accord exploitant à obtenir.

Erreur 3 : Ne pas reposer la question le matin du vol. Une mission planifiée il y a 10 jours dans un espace libre peut se retrouver sous un NOTAM activé la veille. La vérification doit être répétée au plus près du vol.

Erreur 4 : Confondre altitude AMSL et hauteur AGL. Les zones ont des planchers et plafonds en altitude AMSL. Votre drone vole en hauteur AGL. Si vous êtes en altitude, l’écart peut vous surprendre — voir l’exemple Metz ci-dessus.

Documenter dans votre dossier de vol

Chaque vérification doit laisser une trace dans votre dossier de vol :

  • Capture d’écran AlphaTango avec date et heure
  • Référence de la carte OACI consultée (numéro de version AIRAC)
  • Référence PIB NOTAM (avec date et heure de consultation)

C’est ce qui vous permet de prouver votre diligence en cas de contrôle et de couvrir votre responsabilité en cas d’incident.

En résumé

  • Croiser trois sources est obligatoire : AlphaTango (zones UAS), carte OACI SIA (espace aéronautique), Géoportail (visualisation terrain + couche UAS).
  • Commencer par AlphaTango pour les interdictions claires, puis OACI pour les espaces contrôlés, puis Géoportail pour la vue satellite.
  • Ajouter la consultation NOTAM le matin du vol pour les restrictions temporaires.
  • Documenter chaque vérification dans le dossier de vol avec date, heure et capture.

FAQ

AlphaTango et Géoportail donnent des informations différentes — lequel est juste ?

AlphaTango est la source officielle DGAC, mise à jour en temps réel. Géoportail est plus visuel mais peut avoir un léger décalage. En cas de divergence, AlphaTango prime et mérite une vérification plus approfondie (lire l’arrêté source associé à la zone).

La carte OACI SIA est-elle gratuite et accessible sans abonnement ?

Oui. La carte OACI France est disponible gratuitement en téléchargement PDF sur le site du SIA (sia.aviation-civile.gouv.fr). Elle est mise à jour tous les 28 jours selon le cycle AIRAC. Une version interactive est aussi disponible.

Dois-je croiser les sources pour chaque vol ou seulement les nouvelles zones ?

Pour chaque vol, même si vous avez déjà opéré dans la zone. Les restrictions peuvent changer entre deux missions : nouvelle zone créée par arrêté, NOTAM actif, activation d’une zone R militaire. La vérification doit être systématique.


Sources : SIA sia.aviation-civile.gouv.fr, AlphaTango alphatango.aviation-civile.gouv.fr, Géoportail geoportail.gouv.fr, NOTAM SIA sofia.notam.fr